Eva
Eva
Je
voudrais être un petit animal singulier sans chair ni plumes qui circulerait à
la vitesse de la lumière, traverserait les murs les plus épais et virevolterait
en quête de qui envahir. Je ferais peut-être le tour de la terre. Mais ça
m’étonnerait. D’abord, je visiterais Paris, je choisirais les lieux les plus
crades et j’affectionnerais les solitaires sinistres qui se terrent comme des
loups. Je m’insinuerais par les oreilles et je ferais le tour de la circulation
au rythme des révolutions cardiaques.
Ou
bien, douce et gentille, je ferais la planche avec de tout petits battements
caressants qui procureraient une telle félicité à ma victime qu’elle ne ferait
plus un geste, oserait à peine respirer er tâcherait de saisir l’étrangeté du
phénomène pour y prendre plus de plaisir encore.
Où
bien j’y nagerais le crawl à grands coups d’éclats de rire. Que le malheureux
n’en pourrait plus de hoquets nerveux d’une drôlerie indicible. Je pourrais, si
je le décidais, le faire mourir de rire. Le cœur s’arrêterait, crevé. Et
j’abandonnerais l’individu, vert de peur sur son grabat. Son âme et moi, nous
regarderions le cadavre et, pendant qu’abîmé dans la contemplation de sa
dépouille, il s’oublierait lui-même, je repartirais ailleurs. Je pourrais aussi
m’amuser à ralentir le débit jusqu’à l’arrêter complètement. Je serais alors
ramenée au cas de figure précédent, donc à un nouveau départ.
Mais
il pourrait aussi bien arriver que je m’attache longtemps à un même individu.
Qui me plairait. Je ferais connaissance avec ses moindres recoins et je lui
procurerais des sensations si fortes qu’il serait possédé. Possédé de moi. Il
aimerait. Moi aussi. Un jour, je lui ferais l’amour et il deviendrait fou de ma
présence invisible. Est-ce que j’aurais le cœur de le planter là ? Il le
faudrait bien. Sinon, je n’en pourrais plus du désir de retrouver mon corps.
Qui
m’encombre si fort .
Paris,
21 avril
Eva


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